12/12/2012

"La MDPH me déclare inapte à tous postes de travail : je suis officiellement bonne à rien, alors que j'ai trouvé un emploi ! Ils font n'importe quoi"

Madame C. est en colère : la MDPH de Vendée lui a refusé à deux reprises une Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) au motif quelle est "inapte à tous postes de travail", alors que personne n'a jamais daigné la rencontrer, savoir qui elle est, quels sont ses capacités et ses projets. En plus, titulaire d'un diplôme de secrétariat, elle a trouvé un emploi !

Elle souhaite aujourd'hui témoigner pour faire connaître son histoire, pour que cela ne se reproduise pas, pour donner du courage à toutes celles et ceux qui subissent les mêmes abérations.

 

"J’ai 38 ans et je suis atteinte d’une forme de myopathie, la maladie de Charcot marie Tooth : c’est une atrophie des muscles des membres supérieurs et inférieurs. J’ai été diagnostiquée dans mon enfance, j’avais alors 13 ans.

L’annonce a été vécue comme un soulagement car on mettait enfin un nom sur la maladie. Jusque là, on me voyait comme une enfant feignante, et on voulait toujours me pousser à faire plus. Les autres enfants se moquaient de moi : le diagnostic m’a permis d'être mieux comprise : je ne faisais pas preuve de mauvaise volonté, c’était juste ma maladie qui me ralentissait.

Je n’acceptais pas complément cette maladie quand j’étais plus jeune : je cachais mes mains. Je refusais par exemple d’aller chercher le pain à la boulangerie pour ne pas avoir à donner la monnaie, je refusais de boire un verre avec les copains. C’était assez difficile car je me sentais différente.

J’allais à l’école comme tous les enfants, mais j’étais victime de moqueries parce que je tombais et j’avais du mal à monter les escaliers. J’avais souvent mal au ventre, et aller à l’école c’était quand même dur. Mais en grandissant, c’est devenu plus facile, les autres m’acceptaient mieux telle que j’étais. J’ai suivi une scolarité en milieu ordinaire jusqu’au BEP, et j’ai obtenu mon diplôme.

Jusqu’ici, je me suis consacrée à ma vie de famille, avec mon mari et ma petite fille. Mais j’aime le contact et j’ai besoin de bouger, alors j’ai toujours fait du bénévolat pour des associations, en réalisant des travaux de secrétariat : je suis une femme active !

Ma fille a grandi, et j’ai eu envie de penser un peu plus à moi. Alors j’ai décidé de travailler. J’ai donc déposé une première demande de RQTH à la MDPH de Vendée, mais en 2010, ils me l’ont refusée, en m’affirmant que j’étais inapte à tout travail…

Ne pas travailler c’est difficile, on se sent dévalorisé. Quand on est en famille, avec des amis, les gens me demandent toujours ce que je fais, et ne pas travailler pour beaucoup c’est ne rien faire.

Alors en recevant ce papier de la MDPH, alors même que je n’avais rencontré personne, ça m’a fichu un sacré coup. Pour moi, c’est comme si on me déclarait incapable de quoi que ce soit ! Ca m’a dévalorisée complètement : j’étais officiellement bonne à rien.

Je me suis sentie tellement mal que je n’ai pas eu l’énergie de me battre : j’ai laissé tomber et j’ai déprimé : à quoi bon se lever ? A quoi bon avoir des projets ? Je me sentais alors complètement inutile, et j’ai même perdu l’envie de vivre…

En mars 2012, je suis allée dans une maison de repos, et l’assistante sociale m’a aidé à faire une demande d’ESAT et de RQTH, car elle voyait bien que je pouvais travailler. Mais là rebelote : après 7 mois d'attente, et sans m'avoir vue, la MDPH me renvoie un papier m'affirmant une fois encore que suis inapte à tout travail, et refus d'ESAT.

Et puis j’ai rencontré une kiné formidable. Dès le départ, elle n’en est pas revenue que la MDPH puisse me déclarer inapte ! Elle m’a boostée, elle m’a aidé à prendre confiance en moi. Elle était scandalisée, et ça m’a donné de l’énergie pour cette fois-ci ne pas me laisser faire sans rien dire. D’autant plus qu’un employeur me propose un poste de secrétariat !

J’ai alors pris contact avec l’AFM, puis avec l’APF, et grâce aux assos, j’ai su comment me battre.

J’ai commencé par déposer un recours devant le tribunal administratif de Nantes pour faire invalider cette décision de la MDPH. Parallèlement, j’ai envoyé un courrier aux membres de la commission qui ont eu le culot de me déclarer inapte alors qu’ils ne m’ont jamais vue, jamais entendue, jamais écoutée. (lire le courrier ici) Je n'ai toujours pas de réponse.

En 15 jours, ceux-là même qui m’avaient déclarée inapte m’ont finalement déclarée apte, toujours sans me voir ! Je n’en reviens pas ! C’est fou ! C’est du n’importe quoi, même si je suis bien évidemment contente d’avoir enfin cette reconnaissance.

J’ai vraiment le sentiment d’avoir perdu plusieurs années de ma vie. Et ma vie aurait sans aucun doute été très différente et bien plus agréable si on m’avait reconnue à la hauteur de mes capacités dès le départ. Ca m’aurait épargné tous ces doutes, toute cette détresse et la déprime qui en a découlée.

Le plus incroyable dans l’histoire, c’est qu’en octobre 2012, alors que la MDPH me déclarait pour la seconde fois inapte à tous postes de travail, j’avais trouvé un employeur : elle ne le croyait pas, disait que ce n’était pas possible ! Elle voulait réagir car pour elle c’était inacceptable. Mais comme l’APF m’a aidée à faire le recours et le courrier à la MDPH et que les choses ont avancé, on en est resté là.

Aujourd’hui, j’ai quand même décidé d’aller au bout de la démarche devant le tribunal parce que ça montrera aux autres personnes qui sont dans la même situation que moi qu’il faut se battre, parce qu’on peut y arriver. Et surtout, faire condamner la MDPH devant le tribunal, ça les obligera peut-être un peu à réfléchir. Parce que leur travail n’est pas sérieux : ils font n’importe quoi. Ils devraient au moins nous donner un moment de parole, voir avec nous ce qu’on peut faire, ou ce qu’on ne peut pas faire.

J’ai décidé aujourd’hui de témoigner pour toutes les personnes comme moi qui ignorent leurs droits et l’existence des associations, et qui se retrouvent seules et désemparées. Moi j’ai pu aller à la rencontre des assos, parce qu’on me poussait derrière, mais sinon, je n’aurais pas eu la force.

Témoigner c’est important pour moi, je veux que ça se sache. Non la MDPH n’est pas la maison bienveillante qu’on imagine.

Je suis pleine d’émotion aujourd’hui, parce que ça y est, ça finit par arriver, et je vais pouvoir travailler. J’ai encore du mal à y croire. Je vais enfin avoir un travail, des contacts, tout va changer ! Et toute ma famille est vraiment contente. Pour mes parents qui sont âgés, c’est une très bonne nouvelle, et ils sont contents de voir que je vais mieux."

Nous on a rencontré Madame C. Il faut vraiment ne pas l'avoir vue pour la déclarer inapte.

L'APF est scandalisée par de telles pratiques de la MDPH, et alors même que nous les avions déjà dénoncées, elles perdurent. Il est vraiment regrettable que nous ne soyons pas entendus.

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Commentaires

Bravo pour ce témoignage si émouvant et le courage de Mme C. dans ces démarches si longues. Que son expérience puisse servir à d'autres, ainsi qu'à la MDPH. Le meilleur à Mme C. pour cette nouvelle vie avec le sourire et félicitations aux soutiens qui ont permis de faire aboutir la situation

Écrit par : FLORENCE | 13/12/2012

Ca fait mal de lire ça. Honte à la MDPH.

Écrit par : Juliette | 13/12/2012

Commission des DROITS et de l'AUTONOMIE ? Mais où sont les droits de cette dame ? Et où est son autonomie ?
CDA = Commission de tous les DANGERS et de l'ANGOISSE

Écrit par : un digné | 13/12/2012

encore une fois c'est l'apf qui aide pour faire respecter les droits. Moi j'aimerais que mes impôts ils servent à vous financer!

Écrit par : Sylvie M | 13/12/2012

Merci à tous ;-)

Écrit par : Madame C | 14/12/2012

Bonjour,
Pour être passé en CDA (c'est déjà l'inquisition) puis au TCI (où on vous rend coupable d'être en situation de handicap), je comprends bien votre combativité et votre colère Mme C.
Je vous souhaite plein de bonnes choses pour la suite et vous dis un grand bravo !...
Joyeuses fêtes de fin d'année.
Hugues

Écrit par : hugues | 14/12/2012

un petit mot (à nouveau !) de grammaire :
C'est une faute de français de dire "inapte à tous postes"
on devrait écrire "inapte à tout poste". N'importe quel poste.
ou à l'extrême rigueur "inapte à tous les postes" sous-entendu tous les postes possibles de l'entreprise en cas de visite de reprise.

Mais comme l'APF dénonce cette position de la MDPH, il semble inutile d'exiger qu'elle soit écrite en bon français alors qu'on ne veut justement pas la voir apparaitre.
Mais bon, défendre le bon usage c'est aussi ne pas se laisser faire sur rien.

Écrit par : Louis | 14/12/2012

Cette femme, Madame C. ne demande rien d'autre que de vivre de son courage par le travail .
Le courage contre l'ignorance "fable contemporaine"
moralité : La lumière ne passe que si les bandeaux sont retirés des yeux des ignorants !
je dis à la MDPH : Enlève ton bandeau, ouvre les yeux avant de risquer de fermer ceux qui aspirent à la lumière .

Écrit par : Gourmelen | 14/12/2012

j'en appelle à la détermination de l'APF pour que ça change tout ça...

Écrit par : Georges | 14/12/2012

Louis, j'adore vos leçons de grammaire ! et vous avez bien raison, même si ce qu'ils écrivent est lamentable, qu'ils fassent au moins l'effort de l'écrire bien !

Écrit par : Michelle | 14/12/2012

Madame C, même si c'est difficile de s'exposer comme ça, vous faites bien de témoigner, c'est le seul moyen que ça bouge. Bravo à vous, et soyez très heureuse dans votre nouveau travail. Maryse

Écrit par : Maryse | 14/12/2012

Merci pour votre témoignage édifiant et merci aussi de nous éclairer sur de telles injustices. En vous lisant on est passé par toutes les émotions et on ne peut s'empêcher d'exprimer ici notre colère. Comment une institution, quelle qu'elle soit, peut-elle faire preuve d'autant de mépris ? (et c'est sans doute un exemple parmi d'autres) Ces gens oublient sans doute que c'est l'argent public qui finance... De quel droit s'autorisent-ils de tels agissements ? Nous sommes en colère parce que la semaine dernière, on nous a fait pleurer dans nos chaumières avec le téléthon ! Pourquoi ils dénoncent pas tout ça sur France 2 ? On donne ! ça nous semble juste. On paie aussi des impôts : sur le revenu, locaux, etc... ça nous semble juste aussi ! On travaille en moyenne 1 mois et demi par an pour la solidarité nationale ! (c'est sûr on est pas des Depardieu mais même si on l'était on se tirerait pas chez les belges...) Payer des impôts : OUI ! mais qu'ils soient redistribués à la solidarité nationale et pas à des élus et des techniciens ripoux! On ne peut pas tout demander à l'APF, mais si elle pouvait créer un collectif de citoyens, y'en a pas mal qui auraient le "trouillomètre à zéro"

Écrit par : contribuables énervés! | 15/12/2012

Chers contribuables énervés. Bien sûr que si vous pouvez tout demander à l'APF, car l'APF est une asso de personnes, c'est vous, c'est moi, c'est nous. Et on peut tout se demander, tout attendre de soi. Peu importe que vous soyez en situation de handicap ou pas, rejoignez-nous ! Ca sera bien plus utile que de verser une petite larme en regardant le téléthon, puis en envoyant votre contribution à l'AFM, croyez moi.
Si on était en effet quelques milliers à s'indigner contre toutes ces injustices qui se passe là, juste à notre porte, ça bougerait bien plus vite, ça c'est sûr.
Sophie

Écrit par : Sophie | 15/12/2012

si je comprends bien pour obtenir un statut de travailleur handicapé faut d'abord trouver un boulot, c'est ça ? Bravo la MDPH ! Qulle bêtise... Et surtout quel drame quand on lit que cette dame s'est sentie tellement mal qu'elle a perdu l'envie de vivre.

Écrit par : un digné | 16/12/2012

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