30/05/2013

Scolarisation : pour le Directeur de Cabinet du Préfet "ces situations paraissent aberrantes"

Frederic-LAVIGNE.jpg"Situations aberrantes" : c'est par ces mots que le Directeur de Cabinet du Préfet, Frédéric Lavigne, qualifie ce que subissent les familles qui sont venues lui exposer leurs situations ce mercredi 29 mai.

Lors de notre rencontre avec le Préfet la semaine dernière, nous avons rapporté les nombreuses difficultés de scolarisation subies par les enfants en situation de handicap sur le département (voir ici). Rapidement le Directeur de Cabinet nous a proposé de rencontrer ces familles. Nous les avons donc accompagnées ce mercredi 29 mai en préfecture où elles ont été reçues, écoutées et entendues par le Directeur et le Chef de Cabinet du Préfet Emmanuel Baffour, en présence de la Directrice Départementale de la Cohésion Sociale Françoise Coatmellec et sa collaboratrice Cécile Arnal.


Des difficultés multiples

faute de places suffisantes en ULIS au collège, des enfants sont maintenus à l’école primaire alors qu’ils ont toutes les capacités pour intégrer le collège !

faute de place en IME, des enfants sont maintenus en école primaire

impossibilité pour les familles d’avoir des informations auprès de l’inspection d’académie sur les affectations de septembre, d’avoir simplement un interlocuteur

des familles doivent financer une partie du transport de leurs enfants, chose qui ne se faisait pas auparavant.

 Faute de places suffisantes en SESSAD, des enfants n’ont aucun suivi (des enfants attendent depuis 4 ans !)

Faute de création de CLIS, des enfants de Noirmoutier font 3 heures de transport chaque jour !

Situations aberrantes mais tristement réelles...

La maman de Léo désespère : "L'école pour nos enfants c'est un luxe car il n'y a pas de place pour eux. Léo est maintenu à l'école depuis 2 ans juste parce qu'il n'y a pas de place pour lui au collège, et si l'on ne se bat pas, il y restera une 3ème année. Il faut proposer un parcours scolaire cohérent à nos enfants et ce n'est pas parce que nous ne sommes pas nombreux qu'on ne doit pas être entendus"

Pour la maman d'Oscar c'est "ce flou, ce vide qui sont insupportables. N'importe quel enfant de CM2 sait où il va aller en septembre prochain, mais nos enfants eux ne savent pas. Cela fait 2 ans qu'Oscar est maintenu à l'école primaire faute de place en ULIS au collège. Il y a déjà tellement d'enfants sur les listes d'attente qu'il risque de ne pas avoir de place cette année encore. Et s'il est pris en ULIS ça peut être n'importe où, jusqu'à une heure de trajet de la maison : c'est inenvisageable !"

Pour Alexandre c'est le manque de place en IME qui le contraint à rester à l'école primaire depuis 2 ans. "Je suis en colère, c'est éprouvant psychologiquement : nous n'avons aucune information. L'année dernière juste avant les vacances d'été nous avons été informés par l'IME qu'il n'y avait pas de place disponible. On n'avait alors plus aucun interlocuteur et ne savions pas du tout où irait Alexandre à la rentrée. Et ça recommence cette année ! On a refait toutes les démarches, revisité l'IME, mais quelle claque ! Le directeur de l'IME a dit qu'Alexandre n'était pas prioritaire. Nous ne savons pas sur quels critères l'établissement sélectionne les enfants. Alexandre est plus âgé, plus grand que les enfants de l'école. Le maintenir à l'école primaire une année de plus ce n'est pas acceptable pour sa dignité."

La maman de Dylan et Kilian exprime sa colère de devoir se battre sans cesse. Malgré que la MDPH reconnaisse les besoins de ses enfants, leurs droits ne sont pas respectés, et elle n'a aucune information sur ce qu'ils feront à la rentrée. "Tout ce que l'inspection d'académie a pu me dire c'est que les services sont attentifs à leurs situations..."

La maman de Thomas explique le désarroi de son enfant pour lequel il n'y a pas de place non plus en collège : "Je ne veux pas retripler l'école. Si je ne peux pas aller au collège et bien je resterai à la maison avec papa pour travailler à la ferme avec lui. Au moins à la maison il y a une place pour moi"

La maman de Manon est dépitée : "On nous dit que Manon ne peut pas aller en ULIS car elle ne sait pas lire, et il n'y a pas de place en IME"

Une maman rapporte la situation d'une autre fillette qui a été descolarisée faute de place, pour finalement être placée en SEGPA ce qui ne correspond pas du tout à ses besoins.

La maman de Maxime et Florian est découragée : pas de place ni en CLIS, ni en IME. L'un de ses enfants attend d'être accompagné par le SESSAD depuis 4 ans. Retrouvez son témoignage ici.   Pour préserver au mieux ses enfants et éviter de faux espoirs, elle les prépare avec l'enseignante à rester une année encore à l'école primaire...

"C'est une double peine pour l'enfant "

Pour la Directrice de la Cohésion Sociale ces situations génèrent "une perte de chance". "C’est dévalorisant pour l’enfant" que de le maintenir à l'école alors qu'il a les capacités d'aller au collège. "c’est une double peine pour ces enfants."

Françoise Coatmellec observe que ces situations génèrent de la souffrance chez les familles. "On doit faire vivre l’égalité des chances" rappelle-t-elle.

"La situation perdure depuis des décennies"

Janine Brisseau, Conseillère Départementale et Régionale de l'APF déplore que depuis 30 ans les problèmes restent les mêmes. Elle constate qu'il n'y a aucune anticipation.

Les familles dénoncent "ces dysfonctionnements, des incohérences". Elles s'étonnent de "cette absence de cohérence, d'anticipation" et déplorent se "retrouver face à des murs".

Obligation de résultat

Thierry Craipeau, Représentant Départemental rappelle que l’Education nationale a une obligation de résultat , et pas uniquement de moyens, et constate qu'à ce jour cette obligation n’est toujours pas satisfaite.

Quel parent accepterait que son enfant fasse 3 h de trajet pour aller à l'école chaque jour ?

ensemble noirmoutier.jpgStéphanie Ottou, Directrice de la Délégation Départementale, expose la situation des enfants de Noirmoutier qui sont contraints de faire 3 heures de route chaque jour pour rejoindre les classes spécialisées du continent, faute de CLIS sur l'île. Les parents ont finit par constituer une association pour tenter de se faire entendre par l'Education Nationale. (voir ici) A force de solliciations jusqu'au Ministère, le DASEN (Directeur Académique des Services de l'Education Nationale) a confirmé qu'il ne créera pas de CLIS sur l'île mais a proposé de mettre en place une "classe expérimentale" pour répondre au mieux aux besoins des enfants. Sauf qu'à ce jour les parents n'ont aucune information concrète et ne savent toujours pas comment se passera la rentrée de septembre.

Aucune volonté de travailler ensemble

Nous avons indiqué au représentant de l'Etat que selon nous cette situation est le résultat d'une absence totale de volonté des acteurs à travailler ensemble : nous demandons depuis trois ans maintenant que des réunions de travail régulières soient organisées avec l'Education Nationale, le Conseil Général, l'Agence Régionale de Santé et les associations, sans succès. Pour organiser un parcours de scolarisation fluide et cohérent pour l'ensemble des enfants, cette concertation est indispensable.

"Ces situations paraissent aberrantes. Il nous faut à minima trouver des solutions qui répondent aux besoins des enfants"

Le Directeur de Cabinet du Préfet a déclaré qu'il allait réunir l'ensemble des acteurs (ARS, MDPH, Education Nationale) pour faire un état des lieux exaustif de la situation. Il lui apparaît nécessaire d'avoir une vision panoramique et complète des actions à mener, au delà des situations individuelles. "Ces situations paraissent aberrantes. Il faut trouver à minima une solution qui réponde aux besoins des enfants"

Et l'état des lieux risque bien de dépasser ses pires cauchemards : une maman a indiqué que rien que dans l'école de son enfant, 9 enfants n'ont aucune solution de scolarisation pour la rentrée !

Il a remercié les familles pour leur discours de vérité : "J'entends les conséquences sur vos enfants et je tâcherai d'oeuvrer pour que chacun trouve une solution" Bien que Frédéric Lavigne nous ait demandé de "ne pas attendre de miracle de sa part", nous lui avons exprimé toute notre confiance pour résoudre cette situation déplorable. Nous savons que les représentants de l'état, qui ont pour mission de veiller au respect de la loi sur le département, ont non seulement la volonté mais aussi les moyens de le faire.

Nous avons insisté sur la nécessité de trouver des solutions pour l'ensemble des enfants et pas uniquement pour ceux dont les parents ont la force de se battre en première ligne, ce qui a été parfaitement entendu.

Le Chef de Cabinet du Préfet s'est engagé à nous apporter des informations avant la fin de la semaine prochaine. Nous sommes confiants, ayant déjà pu bénéficier de l'efficacité des services de la préfecture sur ce thème de la scolarisation les années passées.

DSCN7613.JPG

DSCN7616.JPGLes familles sont sorties satisfaites de cette rencontre, soulagées de l'écoute bienveillante des représentants de l'état et pleine d'espoir.

Solidaires, elles annoncent cependant que faute de solutions rapides et satisfaisantes pour leurs enfants, elles n'hésiteront pas à mener des actions. Et elles savent pouvoir compter sur le soutien et la détermination de l'APF.


Commentaires

Franchement, bravo l'APF. Obtenir en une semaine une telle mobilisation de tout ce beau monde... Vous êtes efficaces. Heureusement que vous êtes là ! Merci pour tout ce que vous faîtes...

Écrit par : Sophie | 01/06/2013

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