Des nouvelles des enfants de l'île de Noirmoutier qui bénéficient d'une classe expériementale

logo web petit.jpgNous vous avons déjà parlé sur ce blog de l'ouverture d'une classe expérimentale pour les enfants en situation de handicap qui résident sur l'île de Noirmoutier, à défaut d'ouverture d'une CLIS :voir ici,

A mi-parcours de l'année scolaire, nous avons voulu prendre des nouvelles des enfants et du dispositif, auprès de Gwenaelle De Pillot, maman, et fondatrice de l'association Ensemble sur l'île de Noirmoutier.

 

gwenaelle de pillot.JPGGwénaelle, vous avez créé l'Association "Ensemble sur l'Ile de Noirmoutier". Pouvez-vous nous rappeler pourquoi ?

Les élèves du canton de Noirmoutier orientés en CLIS (Classes d'Inclusion Scolaire)  sont obligés d'être scolarisés dans les CLIS du continent :  Challans ou St de Monts, car notre canton et notre île sont dépourvus de CLIS. Concrètement, ces enfants subissent 3h de taxi par jour pour aller à l'école. Un taxi collectif passe les chercher un par un à partir de 7h30 et les ramène le soir (le dernier arrive à 18h30).
Quel parent peut admettre qu'il est bon pour son enfant de quitter le domicile si tôt et de rentrer si tard ? Sachant que ces enfants sont porteurs de handicap !
Ces enfants scolarisés hors canton perdent tout contact avec leurs camarades de village ou de quartier.  Il en est de même pour les parents qui, pénalisés par la distance,  finissent par s'exclure des réseaux de parents d'élèves.
C'est la double peine : handicap + désocialisation.

Quel est ce dispositif expérimental mis en place par la Direction Académique ? Pouvez-vous le décrire ?

Monsieur Dechambre, Directeur Académique de Vendée jusqu'en novembre dernier, a su entendre nos arguments. L'effectif d'enfants du canton orientés CLIS reste petit mais la situation ne pouvait  pas durer non plus.
Les enseignants rapportent aussi qu'il y a toujours un certains nombre d'élèves en difficulté mais que l'éloignement d'une CLIS fait qu'ils maintiennent les enfants dans les classes ordinaires, alors qu'une scolarité adaptée serait nécessaire.
Comment proposer à une famille d'envoyer son enfant handicapé à 1H30 de trajet sans avoir l'air  de vouloir s'en débarrasser ?
La création d'une CLIS sur le canton n'était pas envisageable par M. Dechambre car il n'y a pas assez d'enfants concernés.

Cependant la création d'une "demi-clis" était imaginable bien que ce statut n'existe pas réellement.
Il s'agit donc d'un petit groupe d'enfants qui bénéficie d'un enseignement adapté le matin, et les élèves sont en inclusion dans les classes ordinaires l' après midi.
Le fait que cette classe ne soit pas une CLIS permet aussi d'élargir le spectre de recrutement des enfants et ainsi l'effectif devient plus intéressant.

A la moitié de l'année scolaire, comment ça se passe pour les enfants qui ont intégré ce dispositif expérimental ?

Les enfants vont tous très bien. Ils ont su s'adapter très vite à ce nouvel environnement. Ils ne subissent plus la pression d'une classe entière qui réussit, ils avancent à leur rythme. Ces élèves sont heureux d'aller à l'école et nous considérons que cette notion montre la réussite du dispositif.

Quels sont les retours des parents ? Des enseignants ?

Puisque les enfants sont heureux, les parents ne peuvent que s'en réjouir.
Les parents côtoient au quotidien le handicap intellectuel de leur enfant, il en est de même pour les enseignants qui les accueillent, il y a toujours "des jours avec et des jours sans " mais la mixité des élèves s'est aussi révélée comme une chance pour les enfants "ordinaires".  Cette "cohabitation" d'élèves tous différents s'avère être très positive: les enfants ordinaires tirent les autres vers le haut et les enfants handicapés font prendre conscience aux autres que leurs capacités intellectuelles sont peut être une chance à ne pas gaspiller, tout en développant la tolérance et l'entraide.
Les conditions sont enfin réunies pour que les élèves handicapés bénéficient de l'égalité des chances de réussite scolaire au même titre que tout autre élève. Aux yeux des parents la situation actuelle est donc devenue juste.

Donc les résultats sont plutôt positifs. Ce dispositif va-t-il perdurer ? Sera-t-il reconduit pour l'année prochaine ?

Actuellement, cette "classe" n'est pas reconnue comme une classe. Ce dispositif "expérimental" n'a de titre qu'expérimental !
Nous, parents comme enseignants souhaitons voir cette expérience obtenir un statut reconnu de tous.
Cette initiative montre à quel point l’Éducation Nationale peut apporter une  réponse adaptée en matière de handicap.
Tout est question de volonté et de répartition du budget ! le dispositif actuel coûte moins cher aux finances publiques, et donc aux contribuables, que les trajets en taxi vers les CLIS du continent.
Nous étions favorables à une solution innovante, faute de CLIS,  pour répondre aux besoins de nos enfants, aux problématiques du transport (3 h par jour) et de la désocialisation des familles sur le canton de Noirmoutier. Cette expérience s'avère être non seulement très positive mais productrice de tolérance et d'un enrichissement mutuel inestimable sur un territoire insulaire.

Que peut-on vous souhaiter à vous, comme aux enfants ?

L'idéal serait de pouvoir communiquer davantage avec les services de l’Éducation Nationale car les passerelles entre familles, services de soins et institutions sont trop rares.
Pour la rentrée 2014, que souhaiter de mieux que la continuité et la reconnaissance de quelque chose qui fonctionne ?

 

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 Les enfants, le jour de la rentrée scolaire - septembre 2013

Photos : Association Ensemble Ile de Noirmoutier

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